PORTRAIT DU VOL AUTOMOBILE
                Des données choc


Le vol automobile est un phénomène répandu dans les pays industrialisés. Selon Interpol, trois millions de véhicules sont volés dans le monde à chaque année. Les profits tirés de la vente de véhicules volés à l'échelle mondiale sont de l'ordre de 19 milliards de dollars américains.


Une problématique diversifiée
 

Au Québec, en 2006, plus de 38 600 véhicules ont été volés, soit un véhicule à toutes les quatorze minutes. Afin d’indemniser les propriétaires de véhicules victimes de vol, les assureurs ont défrayé des coûts approximatifs de 300 millions de dollars en 2006. 

Le phénomène du vol de véhicules est présent aussi partout au Canada, où plus de 160 000 véhicules ont été volés en 2006. Même si le vol de véhicules moteurs touche tout le pays, la problématique et ses conséquences socio-économiques diffèrent d'une province à l'autre. 

Dans l'ouest du pays, en Alberta, au Manitoba et en Saskatchewan, la majorité des vols sont de type opportuniste. Ce type de vol est aussi désigné comme joyride ou « vol pour ballade ». Un vol opportuniste est commis pour des raisons autres qu'économiques, soit par plaisir, par défi ou pour disposer d'un véhicule afin de commettre un crime. Ces vols sont majoritairement commis par des jeunes.


Le Québec : plaque tournante des réseaux organisés
 

Du côté de l'Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec, la problématique du vol  automobile se pose autrement. Selon Statistique Canada, il s’est volé, en 2006, en Ontario 38 400 véhicules, au Québec, 38 800 et en Colombie-Britannique près de 30 000 véhicules. 

Ensuite, les vols ne sont pas commis pour les mêmes raisons que dans l'ouest du pays. La problématique du vol automobile au Québec et en Ontario est liée à la présence de réseaux du crime organisé. L'élément qui permet de poser un tel constat est le taux de recouvrement des véhicules volés dans ces régions. Ainsi, le taux de recouvrement des véhicules volés dans la région du grand Toronto, en 2002, était de 75 %. Pour Montréal, la situation est encore plus inquiétante puisque le pourcentage de véhicules volés et retrouvés sur le territoire montréalais, en 2002, était de seulement 56 %.



Comment vole-t-on un véhicule ?

Règle générale, le vol d'un véhicule par un réseau organisé se fait de la manière suivante :

1. le voleur repère un véhicule, très souvent dans un stationnement (centres commerciaux,
    aéroports, etc.). Dans la plupart des cas, le voleur aura reçu une commande d'un réseau pour un
    modèle particulier;

2. il vole le véhicule. Pour un voleur expérimenté, le vol prendra entre trente secondes et trois
    minutes, dépendamment de la présence ou non d'un système de protection sur le véhicule.


Qu'advient-il du véhicule une fois volé ?

Le véhicule volé par un réseau connaîtra un des trois destins suivants : le découpage, l'exportation ou le clonage/maquillage du véhicule.

Le découpage

Le but du découpage des véhicules est d'approvisionner le marché illicite en pièces recyclées. Le véhicule volé est apporté dans un atelier clandestin de découpage (chop shop) où il est complètement ou partiellement démantelé. Les pièces sont ensuite vendues sur le marché illicite des pièces recyclées tant au Québec qu'à l'étranger.

Le marché illicite des pièces recyclées fonctionne, comme tout marché économique, sur la base de l'offre et de la demande. Généralement, les véhicules les plus menacés d'être volés afin d'être découpés sont ceux dont les modèles sont les plus vendus car la demande pour des pièces recyclées pour ce genre de véhicule augmente.

L'exportation

Dans certaines régions du monde, la demande pour des véhicules haut de gamme volés provenant d'Amérique du Nord ne cesse d'augmenter.

Le Québec, tout comme l'Ontario, est un emplacement stratégique pour l'exportation illicite des véhicules volés. Montréal et Toronto sont toutes deux situées à proximité de la frontière américaine et des grandes voies de navigation maritimes, ce qui facilite le travail des réseaux de voleurs exportateurs.

Selon la Division des services d'enquête du Bureau d'assurance du Canada (BAC), les véhicules volés sont principalement exportés vers l'Europe de l'Est, la Russie, le Moyen-Orient, l'Amérique du Sud, l'Afrique, les Caraïbes et l'Asie du Sud-Est, où ils sont vendus avec un très grand profit. Un véhicule de type Jeep Grand Cherokee peut fournir à un réseau un profit de 97 000 $ (Source : Division des services d'enquête du BAC).

Les véhicules les plus à risque pour ce type de vol sont les véhicules de luxe et les utilitaires sport récents.

Maquillage et clonage

Un réseau de voleurs se procure, d'une part, un véhicule gravement accidenté (VGA) sur le marché légal et vole, d'autre part, un véhicule dont les caractéristiques sont similaires à celles du VGA en question. Les voleurs transfèrent ensuite sur le véhicule volé le numéro d'identification de véhicule (NIV) du VGA, donnant ainsi au véhicule volé l'identité du VGA. Cette opération est appelée « maquillage » d'un véhicule volé.

Le « clonage », quant à lui, diffère quelque peu du maquillage. Un NIV est prélevé sur un véhicule stationné. Les voleurs utilisent ces informations sur un véhicule identique mais volé et font immatriculer le véhicule cloné dans une autre province.

Dans les deux cas, les véhicules sont vendus à des acheteurs de bonne foi. Comme pour l'exportation, le clonage et le maquillage de véhicule sont une source de profit important : pour reprendre l'exemple du Jeep Grand Cherokee volé, le réseau pourra réaliser des profits atteignant 40 000 $ (source : la Division des services d'enquête du BAC).

Tous les types de véhicules peuvent être volés afin d'être maquillés ou clonés mais. généralement, les voleurs préfèrent les véhicules les plus récents en raison de leur meilleure valeur de revente.


Les conséquences du vol automobile

En quoi le vol automobile touche-t-il les assurés du Québec ?

D'abord, l'assuré québécois est touché en tant que citoyen. Les coûts du vol automobile au Canada et au Québec sont élevés. En 2000, le BAC a commandé une étude sur les coûts sociaux du vol automobile au Canada qui s'élèvent à 851,7 millions de dollars pour 1998. Ces coûts comprennent les indemnités versées par les assureurs (600 millions $), les soins de santé (129 millions $), les coûts de fonctionnement de l'appareil judiciaire (85 millions $) et les coûts liés au travail des corps policiers (37 millions $). Le Québec, à lui seul, assume 48,8 % de la facture canadienne avec des coûts sociaux évalués à 415,6 millions $ (Standard & Poor's).

De plus, le vol automobile est une partie intégrante du crime organisé au même titre que le trafic de drogue, le blanchiment d'argent, le trafic d'armes et la prostitution. Selon Statistiques Canada, 60 % des organisations criminelles au Canada sont impliquées dans le vol automobile.

Les jeunes sont une cible de choix pour les organisations qui les utilisent pour commettre ce méfait. Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec (MSP), 33,5 % des personnes mises en accusation pour vol automobile en 2006 étaient âgées de moins de 18 ans et 61,9 % étaient âgés de 24 ans et moins.  

Quant aux Québécois, ils sont aussi touchés en tant que consommateurs lorsqu'il est question de prime d'assurance automobile. En 2006, les assureurs ont versé des indemnités pour le vol de véhicules de l'ordre de 300 millions de dollars au Québec seulement. Afin de couvrir les indemnités versées pour vol, les assureurs doivent consacrer 10 % de la prime d'assurance automobile de leurs assurés, qu'ils aient été victimes d'un vol ou non. Ainsi, si la prime d'un assuré est de 1 000 $, c'est 100 $ de celle-ci qui serviront à payer les indemnités versées pour le vol automobile.


Des pistes de solutions

La concertation est la seule stratégie possible pour lutter efficacement contre le vol automobile. La recherche de solutions passe donc par un travail de collaboration entre les divers organismes touchés par cette problématique, qu'ils soient du secteur public ou privé.

Il est certain que le vol de véhicules moteurs demeurera toujours un sujet de préoccupation, en ce que personne ne peut prétendre pouvoir enrayer totalement ce fléau. Par contre, il est possible de faire diminuer la facture globale, tant sociale qu'économique. Voici quelques solutions proposées qui tendent vers cet objectif.

Importation de véhicules accidentés et exportation

Un plus grand contrôle des entrées et des sorties de véhicules serait un pas dans la bonne direction. Pour l'importation, un meilleur contrôle aurait pour effet de rendre plus difficile l'utilisation de VGA américains afin de maquiller des véhicules volés au Canada. Quant à l'exportation, une obligation de déclarer le véhicule exporté (non obligatoire pour l'instant puisqu'une automobile est considérée comme un bien personnel) éviterait de laisser le champ libre à qui veut utiliser les NIV de ces véhicules pour cloner des véhicules volés.

Commerçants-recycleurs

Une des solutions pour le marché des pièces recyclées serait de resserrer les vérifications des personnes qui font la demande d'un permis (antécédents judiciaires) et aussi d'appliquer à la lettre le Code de la sécurité routière qui prévoit des visites de contrôle des commerçants-recycleurs; actuellement, ces visites sont encore trop peu nombreuses. Lors de visites effectuées en 1999 dans le cadre d'un projet pilote du Service de police de la Ville e Montréal, il s'est avéré que seulement un recycleur sur dix à Montréal était conforme aux dispositions du code sur la manière d'opérer un commerce de recyclage de pièces automobiles.

Protection des véhicules

Le consommateur a son rôle à jouer en matière de prévention du vol automobile en adoptant des comportements plus responsables (verrouiller ses portières, fermer ses fenêtres, retirer les clés du contact, etc.). L'installation d'un système de protection adéquat pour son véhicule est aussi un autre moyen dont dispose le consommateur pour prévenir le vol.

Police

Le travail des policiers est essentiel dans la lutte contre le vol automobile. Actuellement, il semble que les policiers pourraient recevoir une meilleure formation sur la question. De plus, les forces de l'ordre doivent renouveler l'expertise des leurs policiers en matière d'identification des véhicules volés. Enfin, puisque le vol automobile est une partie intégrante du crime organisé, l'augmentation des ressources humaines et financières dédiées à ce type de vol devrait être envisagée.

Aspect judiciaire

Au Québec, il faut commettre plusieurs récidives avant de se voir imposer une peine de prison pour le vol de véhicules. De plus, les amendes sont peu élevées par rapport aux profits générés par le commerce illicite de véhicules volés. L'argent est le nerf de la guerre et condamner les voleurs à des amendes plus lourdes pourrait rendre le vol automobile moins facile, moins payant et, conséquemment, moins attrayant.



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